vendredi 15 mai 2015

Qui vient ? L'atelier du Chat Noir : rêves de filage et filages de rêve ...



Bonjour Christie, qu’est-ce qui t’a conduit à créer l’Atelier du Chat Noir ? Parle-nous un peu de ton parcours :

J’ai un parcours assez classique. Après des études secondaires d’Arts Plastiques, j’ai étudié l’Histoire et l’Archéologie à l’Université, puis j’ai changé de cap en me remettant le nez dans la „terre” avec une formation en agriculture biologique.
 Les années ont passées, tantôt tranquilles, tantôt chaotiques...
Alors que je cherchais désespérément des fils à mettre sous les pointes de mes aiguilles à tricoter, j’ai découvert l’univers du filage sur internet, en tombant par hasard sur le site de Laine Zinzin. Cela a été un véritable coup de coeur, une révélation, un cataclysme !!! A l’époque je n’imaginais pas combien le précieux petit paquet de Laurence, la créatrice de Laine Zinzin, allait bouleverser ma vie.

Quelle est ton histoire avec la laine ? Est-ce que tu es..."tombée dedans" quand tu étais petite ?

Mon histoire avec la laine est... fusionnelle ! C’est une évidence !
Depuis toujours je papouille des laines. J’ai eu la chance de grandir avec des parents tricoteurs (ma mère ET mon père tricotaient) et une grand mère “grande adoratrice du granny square”... Je me souviens quand j’étais petite, ma mère prenait la voiture et nous faisions une expédition une fois par an, direction la filature Plassard. Maman remplissait le coffre de son break d’une montagne d’écheveaux et tricotait tous les pulls pour mes frères, mes soeurs et moi. Je me suis pour ma part mise au tricot à vingt ans et j’ai dès le départ chercher à tricoter des fils naturels. Je déteste les matières synthétiques, mais il y a quelques années, c’était un vrai parcours du combattant pour trouver de la “vraie” laine.
J’ai eu aussi la chance d’être en contact avec les moutons assez tôt puisque mon père était berger : je passais donc une partie de mes vacances d’été à gambader derrière les moutons.

Tes écheveaux et tes fibres à filer sont vivants, de par leurs couleurs et de par la matière utilisée, bien sûr. Est-ce un reflet de ce que tu veux transmettre ?

La laine est une matière exceptionnelle. Elle a son histoire, une particularité qui est propre à chaque race mais aussi à chaque animal. Chacun de mes écheveaux ou de mes nappes de fibres est le fruit d’un mariage entre les matières mais aussi les couleurs que j’affectionne. Ils sont le prolongement de ce que je suis. Et j’essaie de transmettre tout ceci au travers des photos des matières et des fils que je vous présente.



Tu travailles en ce moment sur une série Le tour du monde en 80 laines. Comment est né ce projet ?

Le Tour du Monde en 80 laines... c’est un projet un peu fou qui est né il y a une année maintenant. Je suis une fan inconditionnelle de Jules Verne. J’ai grandi l’esprit vagabondant au fil de ses récits fantastiques. Et tout comme son Tour du Monde en 80 jours, j’ai eu l’idée de faire un voyage imaginaire au travers de mes laines. Les personnes qui suivent ma page FB ont accepté de jouer le jeu (merci à toutes et tous <3), ma famille aussi a collaboré et j’ai eu mes 80 étapes grâce à vous.

Mais cela va bien au-delà d’un simple écheveau finalement. C’est un travail au long cours (et j’aime beaucoup ce type de projet sur le long terme), et j’essaie à chaque fois de “coller” de la manière qui me semble le plus approprié aux destinations. C’est en amont un gros travail de recherche et puis il me faut trouver l’image qui sera la base de mon travail de la fibre. Enfin, la photo et le fil ne doivent faire plus qu’un, c’est du moins mon objectif ultime.

Pour ce gros projet, j’ai fait appel à quelques fileuses dont j’aime beaucoup le travail et leur ai proposé de réaliser des nappes de fibres sur des thèmes qui leur était cher : Claire des Bruyères a eu en charge la Bretagne et le Québec, Michelle (Wooldancer) a réalisé les fibres sur le bush australien, Sayra (Atomic Blue) m’a cardé des fibres démentielles pour trois étapes, dont deux seulement sont réalisées à ce jour : la Nouvelle Orléans et le Grand Canyon, Naomi (Knottynaomi) m’a fait découvrir Hawaii, Christine (Utopik Baz’Art) le tieuboudienne, un plat national sénégalais. Quelqu’unes viendront encore mettre leur grain de sel à ce voyage...



J’ai aujourd’hui parcouru une bonne moitié de ce périple et j’ai déjà en carton la suite, car je souhaite continuer à travailler sur une thématique bien précise. Vous découvrirez cela en septembre prochain.
Pour terminer sur le Tour du Monde, la dernière étape dont le thème est “La Tour de Babel”, sera un écheveau crée de toute pièce avec ce vous aurez eu la gentillesse de me faire parvenir. Chacun, chacune peut apporter une petite pierre à cet édifice. J’ai reçu des petites enveloppes du monde entier. C’est génial ! Je déposerai sur mon stand au festival, “une boite à Babel” dans laquelle vous pourrez déposer des bricoles si vous souhaitez participer. Il sera ensuite exposé dans mon atelier ou bien offert par tirage au sort, je ne sais pas encore ce que je ferai de ce fil un peu spécial.

Tu ne vends pas uniquement tes laines, tu élèves aussi des brebis, tu files toi-même et tu veilles à la provenance des laines que tu proposes. Comment s’est imposé à toi cette façon de travailler ?

Elever des brebis quand on file est pour moi une évidence. J’ai la chance d’avoir un cadre de vie qui me permet d’avoir des animaux, donc les brebis se sont rapidement imposées. J’aime beaucoup ce travail de l’animal jusqu’au fil. J’essaie dans la mesure du possible de proposer des fibres en connaissant leur provenance (c’est plus difficile lorsqu’il s’agit de rubans de fibres).

En plus des toisons de mes brebis, j’achète des petites merveilles chez des éleveurs. Toutes les fibres sont lavées à l’eau de pluie ou à l’eau de source, que je vais chercher au lavoir de mon village, et teintes avec des teintures écologiques (un peu de teintures végétales parfois mais comme je ne suis pas d’une grande patience, je trouve les processus affreusement longs!!!!). Avoir le plus petit impact que possible sur l’environnement me parait normal.



Tu donnes aussi des cours de filage. Est-ce que filer et apprendre à d’autres à filer, c’est réapprendre qu'un beau travail demande certes temps et savoir faire, mais est aussi la source d’un réel sentiment d'accomplissement ?

Le filage, le tricot et tous les travaux d’aiguilles sont rangés dans la catégorie des “travaux manuels” alors qu’il y a des fileuses, des feutrières, des tricoteuses qui sont de véritables artistes à mon sens.
Partager avec celles qui souhaitent venir  souvent de très loin découvrir ou redécouvrir l’univers du filage est un enchantement. Ce sont des moments de partage et de complicité très forts, qui donnent parfois naissance à de belles amitiés et ne sont jamais exempt de jolis fous rires.


Créer un fil, c’est prendre le temps de travailler sur les matières brutes, les mettre en couleurs, les préparer et puis les transformer en fil. Quelle joie de voir l’émerveillement dans les yeux pétillants des filles (oui, pour l’instant, je transmet à des filles...le fil est une histoire de filles manifestement) quand elles réalisent leur tout premier fil! C’est très chouette comme moment.

Tu as créé ton activité il y a maintenant plusieurs années. Comment a-t-elle évoluée au fil du temps ?

Comme pour toute activité, il y a un long cheminement. Mes fils et mes nappes du début ne ressemblent pas du tout à ce que je fais aujourd’hui. Je travaille davantage sur la couleur et sur les fibres brutes qu’auparavant. J’expérimente... encore et encore!



Tu reviens cette année pour la troisième fois au Lot et la Laine. Qu’est-ce qui t’attire vers l’écomusée de Cuzals ?

J’aime en premier lieu l’endroit parce qu’il est sauvage, perdu au milieu de nulle part. C’est un peu comme chez moi, je vis perchée sur une montagne sans âme qui vive à des kilomètres !
Et puis il y a l’évènement. C’est génial de se retrouver dans un cadre aussi enchanteur pour papouiller de la laine non?
Le festival prend de l’ampleur, et ce qui était sans doute une idée un peu folle entre Myrtille et ses copines, devient peu à peu une référence en matière d’événement laineux. Souhaitons lui une belle et très longue vie !

Que prépares-tu pour le festival cette année ?

Ahaaah... Mystère et boule de gomme! Je prépare cet événement depuis... septembre dernier.
Deux ateliers de cardage sont prévus, un le samedi et un le dimanche, et les deux sont déjà complets.
Côté écheveaux et fibres, je teste deux ou trois petites choses et si cela est concluant il y aura des nouveautés pour les croqueuses de fibres au festival. Mais je n’en dis pas plus, je suis en phase d’essai... A suivre...

Pour découvrir Christie : son Site et son Blog.

Qui vient ? Séraphita et Deux mains la laine : lainières de la toison au fil


Pouvez-vous vous présenter et présenter votre univers ?

Christelle (Séraphita) - Mon aventure lainière a commencé en 2004 par une rencontre avec l'association Atelier sur un salon puis lors d'un stage d'initiation à la laine et au filage à Chantemerle (Hautes-Alpes). Mais il a fallu bien du temps avant qu'un projet professionnel prenne forme.

 Photo : Guilhem Vicard 
 
Je suis lainière depuis le début de l'année 2013. Mon travail commence le jour de la tonte, lorsque je me rends chez les éleveurs de la région avec ma table de tri (et de grandes bâches !) sous le bras. J'effectue un tri de chaque toison avant que les laines sélectionnées soient acheminées chez Laurent Laine à Saugues (Haute-Loire) puis à la filature Terrade à Felletin (Creuse) pour pouvoir les proposer sous différentes formes : laine brute ou lavée, nappe cardée, fil à tricoter. J'ai choisi ces entreprises pour leur proximité géographique car je tiens à travailler le plus possible en circuit court et en m'appuyant sur un réseau d'entreprises locales réputées pour leur savoir-faire.

Lucie (Deux mains la laine) - Je suis une « jeune » maman retombée dans le tricot lors de ma deuxième grossesse et je ne peux plus m'en passer.

 
Au départ, j’étais infirmière. Malheureusement, c’est une profession difficile à exercer comme je le ressens. J'ai donc pris un virage professionnel en direction de la laine avec un BPREA et un projet d'installation en « ferme découverte autour de la laine ». La complexité du projet au vu de ma situation familiale m'a amenée à commencer par un test en couveuse d'entreprise pour l'aspect animation autour de la laine et vente de créations et matière première.

Lors de ma formation agricole, j'ai découvert la « filière laine » dans son ensemble, « des moutons aux créations » et c'est conquise par tous ces aspects que je touche à tout ! Je ne suis ni éleveuse, ni tondeuse, ni fileuse, ni feutrière, ni tricoteuse.... je me définis comme lainière. Une touche à tout amoureuse de la laine de mouton !

 
Comment vous êtes-vous rencontrées ? Comment votre collaboration s’est-elle mise en place ?

Christelle - Nous nous sommes rencontrées lors d'un stage dans le Limousin avec l'association Laines locales réseau limousin. Il me semble tout naturel de travailler en réseau avec d'autres professionnels pour trouver des complémentarités dans nos travaux respectifs. Je travaille tout au long de l'année en collaboration avec d'autres personnes (stand commun avec différents professionnels sur d'autres marchés, intervention de personnes lors de mes stages...).

Lucie - Le stage où nous nous sommes rencontrées a été le point de départ de la découverte de cette fameuse « filière laine » française. Ces rencontres restent très importantes. Christelle est un exemple, un appui fondamental. C'est donc avec plaisir que j'ai accepté sa proposition de collaboration.

 
Christelle, peux-tu nous expliquer pourquoi tu as choisi ces races spécifiques de moutons et comment tu valorises leur laine au quotidien ?

C'est mon arrivée en Auvergne et la découverte des brebis Noire du Velay qui m'a poussée à tenter l'aventure un peu plus loin. On me disait que c'était une laine qui ne valait rien parce qu'elle ne prenait pas la teinture. Pourtant, sa couleur d'un profond brun-noir m'a attirée. J'ai donc pris contact avec le négociant et les éleveurs du coin pour faire une petite récolte, le minimum pour aboutir à une première production.

 Photo : Guilhem Vicard 
 
L'année suivante, j'ai rencontré une autre brebis de la région, la Bizet, dont la couleur bise ajoutait une nouvelle tonalité à ma gamme. Il était d'ailleurs grand temps que la saison de tonte recommence : la demande était au rendez-vous et mes étagères étaient vides...

Ma ligne directrice était trouvée : me spécialiser dans les races spécifiques d'Auvergne afin de mettre en valeur ce qui était habituellement considéré comme un défaut : leurs nuances colorées inimitables.

Pour avoir un aperçu du travail de Christelle, nous vous conseillons de regarder cette petite vidéo .

 
 Photo : Guilhem Vicard 
 
Lucie, tu es plutôt une touche-à-tout (tissage, filage, tricot, feutre, etc.). Comment en es-tu venue à privilégier l’activité de feutrière ?

Je suis effectivement une touche-à-tout... En fait, je prends vraiment beaucoup de plaisir à feutrer et il me semble que c'est tout naturellement que cette activité a pris le dessus. Mais je revends aussi le reste du stock de laine cardée de Yannick Bachelard, « Entre mes Laines », qui a arrêté son activité. Je présente également les toisons des éleveurs Nivernais en brut et en cardé. Sur le stand du festival, vous pourrez trouver mes créations en feutre, surtout avec la matière de Christelle, mais aussi la mienne ainsi que des créations en tricot et crochet réalisées avec les laines naturelles de chez Terrade.

 
Tu as une prédilection pour les laines de Christelle. Peux-tu nous expliquer en quoi elles sont bien adaptées à ton activité, ce qu’elles t’apportent en plus ?

Les laines de Christelle me plaisent pour deux raisons : le travail de tri réalisé et la race des moutons.

Je suis très attirée par le charme des laines « rustiques » car elles se suffisent à elles-mêmes. De plus, elles sont absolument complémentaires et le mélange des deux me plaît énormément !



Proposez-vous des ateliers ou des démonstrations ?

Christelle - Je peux proposer des initiations : filage au fuseau corse, tissage de fléché aux doigts, ateliers de fabrication de boules de feutre, de kumihimo ou d'ojos de dios.

Chaque automne-hiver est l'occasion d'organiser un programme de stages (stages supplémentaires sur demande le reste de l'année). Je m'appuie sur un réseau de professionnels aussi bien en interne qu'en externe afin de trouver les intervenants les plus adaptés à chaque stage. Ces formations sont orientées vers le grand public mais aussi vers des éleveurs et des professionnels afin qu'ils puissent acquérir des connaissances sur la matière qu'ils produisent. Quel bonheur de voir une éleveuse arriver avec la laine dont elle ne pensait rien pouvoir faire et repartir étonnée et ravie d'avoir pu confectionner un objet avec !

Je propose en parallèle des animations pour les écoles, des centres de loisirs, des fêtes ponctuelles... Les enfants peuvent par exemple découvrir l'histoire de ma rencontre avec le dragon habitant dans le volcan voisin, comment il a un jour toqué à ma porte pour me proposer un troc : les secrets des brebis colorées contre la fabrication d'un pull bien chaud pour faire face à l'hiver auvergnat. Toutes ces interventions ont pour but de sensibiliser à la matière et à sa diversité et de faire découvrir le parcours de la laine, de la toison brute au produit fini.

Lucie - Pendant l’année, je propose des ateliers de démonstration du travail de la laine « des toisons aux créations » dans le but de faire découvrir l’ensemble de la filière, ainsi que des ateliers autour des différentes techniques telles que tricot, crochet, feutre, filage ou tissage ainsi que tri et lavage de laine. Toutefois, pour Le Lot et la laine, je ne me sens pas encore « légitime » : il y a tellement de personnes plus rodées que moi ! Mais si on me le demande « pour boucher un trou », je le ferais avec plaisir !


Pour le Lot et la laine, vous avez choisi de tenir un stand en tandem. Qu’est-ce que cela apporte de plus à vos yeux ? Comment présenterez-vous votre travail personnel et votre collaboration ?

Christelle - Nos activités sont encore très jeunes et se lancer dans le secteur du textile est un pari difficile actuellement. Il me semble primordial de privilégier l'entraide afin que cela profite à tous. Ce qui n'est pas facile sur un stand commun c'est de trouver ce qui nous rassemble tout en gardant une identité distincte pour les gens qui viennent nous voir.

Lucie - C’est tout à fait ça ! Et ce sera une première, alors on verra bien !

 
Ce sera votre première au festival. Qu’en attendez-vous ?

Christelle - C'est ma première dans bien des endroits ! J'espère surtout créer des contacts et faire découvrir mes produits. Et revenir dans deux ans !

Lucie - C’est la même chose pour moi !

Photo : Guilhem Vicard 
 

Pouvez-vous nous indiquer où nous pourrons ensuite nous procurer vos produits et où vous suivre ?

Christelle - Mes produits peuvent être envoyés par correspondance. Il est possible de s'abonner à mon info-lettre afin de recevoir mon programme de stages et mes actualités (ir-)régulièrement.

Lucie - Pour mes produits aussi, l'envoi par correspondance est possible et je vais faire quelques marchés cette année. Je suis sur Facebook « Deux Mains La Laine » et j'ai un blog.

mercredi 13 mai 2015

Qui vient ? Les soies de Marie : un tour du monde de la soie

- Bonjour Marie ! Peux-tu te présenter et nous expliquer un peu ton parcours?
 
Mon goût pour le textile vient de ma petite enfance : J'ai grandi dans une ville de Normandie dont le textile était l'industrie principale et j'ai été bercée par le bruit des métiers à tisser des petits ateliers familiaux, l'odeur des balles de fils de coton et j'ai des souvenirs de parties de cache-cache dans les étagères des réserves de tissu...
Malgré une formation de libraire, j'ai vite été rattrapée par l'amour des fibres, et quand je me suis mariée, exilée au fin fond de la Sologne, j'ai entrepris une étude sur les fibres textiles et leur transformation. C'est à cette époque, dans les années 70, que j'ai commencé à filer, teindre, tisser... A peu près tout ce qui se file est passé entre mes mains, animal ou végétal. Quelques 10 ans et 3 enfants plus tard, il ne me restait plus que la soie à aborder.
Je n'étais pas fan de cette matière : je n'aimais pas les soieries chinoises et les tissus lyonnais du XVIIIème me paraissaient trop chargés...comme quoi on peut changer !
 
 A cette période, une relance de la sériciculture en Cévennes battait son plein. J'ai donc pu bénéficier de formations à la sériciculture et ce fut un vrai coup de foudre. Installée en Anjou le hasard ( mais est-ce du hasard?) m'a fait tomber sur des archives locales oubliées où il était question d'élevages de vers à soie. Il me paraissait évident qu'il fallait remettre à jour cette production dont personne ne se souvenait ici. Mes premiers élevages angevins datent de 1984, après une interruption de 99 ans...
Parallèlement je peaufinais mes techniques de teinture végétale. J'ai suivi la formation d'Anne Rieger, et je suis allée à la rencontre des teinturiers d'autres pays (Turquie, Inde, Madagascar...) et en ai tiré « ma » méthode, à mi-chemin entre bouillon et fermentation, apparemment efficace puisque j'ai contribué à la reconstitution de textiles anciens pour des particuliers ou des musées et que mes fils et mes teintures ont franchi tous les tests avec succès.
 
Mais d'années en années les élevages de vers à soie devenaient quasi impossibles en France, à cause de la pollution atmosphérique liée à l'utilisation en agriculture d'insecticides qui bloquent l'hormone qui permet au ver de filer son cocon et de se métamorphoser à l'intérieur. En bref les vers à soie ne filent plus.
Pour cette raison, je me suis intéressée aux autres soies, dites « sauvages », dont les chenilles sont plus rustiques et moins sensibles aux inhibiteurs de croissance. C'est à cette époque que j'ai commencé à élever le ver « éri », dont la chenille mange du ricin, et qui donne une soie rustique mais très confortable.
  
En 2001 à partir de mes élevages de bombyx j'avais commencé une production de fils pour la broderie et la dentelle teints en teinture végétale : Les Soies de Marie, mais les difficultés liées aux élevages en Europe m'ont poussée à retourner à l'étranger pour y chercher des cocons.
Ne voulant pas me borner à un acte purement commercial, je voulais aussi en achetant des cocons participer au développement local, et c'est à Madagascar que le besoin s’'est fait le plus ressentir.
 
Teinture à Madagascar
 
 Beaucoup de familles élèvent des vers à soie mais n'ont pas de débouchés pour leur production : Les quantités produites me permirent d'envisager la production de fils à tricoter, nettement plus consommatrice de soie que les fils à broder, et j'ai créé Madasilk avec un ami en 2005. Les événements politiques malgaches de 2009 et la situation économique qui s'en est suivie nous ont contraints à fermer l'atelier en 2014. Mais un autre projet est déjà en train de voir le jour...
 
- Tu voyages beaucoup, quelle(s) destination(s) t'a particulièrement inspirée ou fascinée dernièrement?
 
Je ne voyage jamais en touriste :  Mes déplacements à l'étranger sont toujours axés soit sur la soie, soit sur la teinture, professionnellement dans le cadre de missions ou personnellement.
J'ai effectué en mars dernier une mission en Inde pour l'agence de développement allemande GIZ  sur la teinture végétale de la soie éri. La mission se déroulait au Meghalaya, état de l'extrême est de l'Inde. J'y ai découvert une culture fascinante, matrilinéaire, où les femmes sont des maitresses femmes, teinturières et tisserandes renommées. Je me suis régalée et j'espère y retourner.
 
Teinture au Meghalaya
 
Le Laos m'a beaucoup plu aussi. J'y allais pour rencontrer Philippe Schmidt, chirurgien français installé au Laos depuis 15 ans après une mission humanitaire, et qui a fondé « Maï Savanh Lao », entreprise sociale de filature/teinture/ tissage de la soie. Nous avons désormais des projets communs sur la soie éri et la teinture végétale.

Tissage au Laos
 
Mes prochains voyages : fin 2015: le Cambodge, pour une ONG qui développe la sériciculture dans un village, et le Laos, et début 2016 : Madagascar pour démarrer le nouveau projet sur la soie éri et des formations au dévidage des cocons pour des producteurs de soie.

 Dévidage des cocons au Cambodge
 
 
- Quelles soies et autres merveilles pourrons nous trouver sur ton stand cet été au festival?
 
En France la soie est mal connue et reste un symbole de luxe et de richesse. J'ai envie de faire découvrir les faces cachées de la soie, celles qui concernent les « autres « soies : soie éri, soie muga, soie tasar, soie d'araignée...plus rustiques, voire « paysannes » pour certaines, filées à la main la plupart du temps, elles sont tout aussi magnifiques, en tissage ou en tricot. Certaines sont rares, d'autres plus courantes, mais toutes magnifiques ! J'aurai aussi mes fils « phares » Tana et soie Lao.
 
Je vais également apporter des fils fins, teints ou non, pour le retors. Une petite touche de soie dans une laine filée main apporte de la lumière et de la légèreté.
Et également des cocons à filer.
 
Merci Marie, et au plaisir de découvrir ces merveilles cet été !
Vous pourrez suivre les aventures de Marie sur son blog ou et sur son site où elle propose ses fils et modèles.